ZOZOBRA
Harmonic Tremors
Hydra Head Records – 2007
La formation Zozobra, réunissant la section rythmique de Cave In et Old Man Gloom, a lancé son premier album il y quatre ans déjà. Toutefois, Harmonic Tremors trône toujours au sommet des palmarès spécialisés, dont celui de sputnikmusic.com. Incursion dans l’univers sonique de ce groupe au nom étrange !
Zozobra est le nom de la marionnette de bois géante, symbole du festival Burning Man qui se tient annuellement à Black Rock City dans le Nevada. Chaque année, cette immense statue de paille, haute d’une dizaine de mètres, est brûlée au moment de la cérémonie de clôture dudit festival. C’est à cette relique païenne que Caleb Scofield et Santos Montano, tout deux membres de la mythique formation Cave In et du projet expérimental Old Man Gloom, ont décidé d’associer leur post-metal organique.
Le son de Zozobra
Pour les néophytes, on dirait que Zozobra propose un son à mi-chemin entre le stoner et le sludge pour la pesanteur des guitares et de la section rythmique, et le post-hardcore pour les structures complexes, la rapidité d’exécution et le vocal crié.
On retrouve certes une parenté entre le son de Zozobra et celui de Old Man Gloom, projet précédent des deux membres, mais les compositions de Scofield ont une force de frappe beaucoup plus grande. Ce constat tient certainement à l’omniprésence de la basse, et au grand talent de son exécutant.
D’ailleurs, c’est le premier élément qui attire l’attention de l’auditeur sur Harmonic Tremors : dès le premier titre, The Blessing, on est emporté par une marée d’ondes graves ne laissant que très peu de place à la guitare. Sur Soon to Follow, cette même basse donne la mélodie à la chanson quant à Caldera, elle ponctue la guitare éthérée rappelant le shoegaze du début des années 90.
Zozobra possède également une qualité que l’on retrouve que trop rarement dans le post-metal : son sens des contrastes. Voilà une des forces du combo ! Alliant une certaine urgence à un sens mélodique certain, la fureur à l’accrocheur, la complexité et le raffinement à une livraison efficace des pièces (ne durent rarement plus de 4 minutes).
Harmonic Tremors
Comme premier effort, Harmonic Tremors est plus que convaincant. L’album est rageur, cohérent, et d’une rare efficacité: dix titres, une exécution parfaite et une production brute, serrée et sans artifice – signée Scofield et Andrew Schneider.
Les thèmes abordés dans les chansons s’inscrivent dans la symbolique païenne. La prose de Scofield est lugubre, évoquant à répétition la mort, le sang et la terre : le tout, baignant dans un fatalisme naturaliste. Par contre, l’auditeur ne sens pas pour autant écrasé par le poids du message : les textes de Zozobra sont impressionnistes et visent plutôt à créer des images cadrant adéquatement à l’iconographie de la formation, empruntée aux rites du Burning Man.
Harmonic Tremors demeure un album important pour le courant post-métal. Sans jamais s’égarer, Scofield et Montano ont accompli un tour de force avec ce premier disque, exploit qui demeure à notre avis encore inégalé : l’homme brûle toujours donc ! Levitate rugit, Silver Ghost explose alors que A Distant Star Fades conclut à merveille l’opus. Bref, les titres de Harmonic Tremors s’enchainent avec une étonnante cohérence qui confirme l’étendue de créativité et du talent des deux membres.
4½