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Être un « héros ordinaire » ou Comment s’affranchir du bullying étatique

Publié le 2012-04-26 par Christophe Jasmin dans la catégorie Éditorial.
Étiquettes: intimidation bullying grève étudiante line beauchamp gouvernement charest 
Être un « héros ordinaire » ou Comment s’affranchir du bullying étatique
« L’État a le monopole de la violence »  disait Weber. Non, pas celui des fourmis. L’autre, ce vieux sociologue allemand barbu. J’en connais une qui doit être d’accord.

Je l’imagine, tout sourire, se le répéter dans sa tête avant d’affronter sa dose quotidienne de scrums. Se le répéter à toute vitesse et en anglais. Pourquoi en anglais? Parce que ça va mieux, c’est plus vite dit, plus vite fait. Et on le sait, ce gouvernement aime ça l’efficacité, l’efficience!

En plus, c’est génial, plus vite on le dit, mieux ça résume l’approche du gouvernement dans le dossier qui nous occupe. Voyez par vous-même : « Monopoly on violence »… « monopoly’ n violence »… « monopoly - violence ».  Monopoly pour les Breton, Monroe-Blum et autres « Rich Uncle Pennybags » de la tour d’ivoire rectorale. Ils sont si excités à l’idée de l’avoir, leur bel hôtel universitaire sur Boardwalk. 1625$ de plus à chaque fois que tu passes par ma case! T’en fais pas, les prêts et bourses c’est la prochaine.

Monopoly pour eux donc. Et violence pour les étudiants, ces jeunes hippies go-gauches qui occupent la rue.

L’intimidation institutionnalisée

« L’intimidation c’est utiliser la force physique, les menaces, l’humiliation pour faire peur à quelqu’un, l’empêcher de faire quelque chose ou le forcer à agir contre sa volonté. L’intimidation est aussi de poser des actes répétés afin d’exclure socialement une personne ». C’est pas moi qui le dis, c’est le gouvernement (1). Chapeau, en passant, au bureaucrate du ministère de l’Éducation qui a pondu ce paragraphe. Tout y est, ou presque.

J’ajouterais toutefois que l’intimidation c’est utiliser la force physique, les menaces, l’humiliation pour faire peur à quelqu’un, c’est l’empêcher de faire quelque chose…  C’est faire tout ça, en profitant de l’apathie, de l’indifférence des autres.

C’est ce petit con qui donne des coups de compas à son camarade de devant quand le prof a le dos tourné. Et le prof qui fait semblant de ne pas savoir, trop occupé qu’il est déjà à essayer de leur enseigner quelque chose… « Ce ne sont que des enfants après tout », se dit-il

C’est ce policier qui donne des coups de matraque à l’étudiant devant lui quand le gouvernement, la majorité silencieuse et une partie des médias ont les yeux fermés. Et le gouvernement qui fait semblant de ne pas savoir, trop occupé qu’il est déjà à essayer de satisfaire les magnats de l’éducation…  « Ce ne sont que des idéalistes après tout », se dit-il.

« L’indifférence, elle te tue à petits coups » chantait Bécaud. Elle peut aussi te fermer la gueule à grands coups de gourdin, apparemment.

Mais je m’égare. « L’intimidation, nous dit ce gouvernement qui semble avoir tout compris du problème, est basée sur des comportements qui sont intentionnellement blessants. Elle est fondée sur une différence de pouvoir entre deux personnes. »

Manifestants contre anti-émeute, slogans contre boucliers, pancartes contre matraques…  Et les quelques rares briques contre les désormais traditionnels gaz lacrymogènes, grenades assourdissantes et autres armes de dispersion massive. Différence de pouvoir, dites-vous?

Quand un élève utilise mots, coups et exclusion à l’encontre d’un autre, c’est de l’intimidation. Quand un État, de la ministre de l’Éducation à son chef en passant par sa force constabulaire, fait de même à l’encontre d’un groupe, c’est de l’intimidation institutionnalisée. Rien de moins.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais 

L’intimidation, nous dit donc ce valeureux gouvernement, c’est aussi de poser des actes répétés afin d’exclure socialement une personne. Ainsi, si parmi un trio de bullied, on en retrouve un encore plus exclu – et ce par des actes répétés - n’est-ce pas là la forme d’intimidation la plus pernicieuse qui soit. Une intimidation qui crée des castes d’intimidés:

« Vous deux, je veux bien vous parler, tout en continuant bien sûr à vous taper un peu sur la gueule. Toi, par contre, t’es tellement une sous-merde que non seulement je te tape dessus encore plus fort mais je le fais sans même t’adresser la parole. »

Une exclusion qui peut en pousser certains à des gestes désespérés. L’automutilation. Le suicide dans quelques cas dramatiques. La violence dans d’autres. Cette violence qu’on ne peut retenir, qui veut tellement, qui doit sortir. Et qui, la plupart du temps, sort n’importe comment. Un nez cassé par-ci, une vitrine brisée par-là.

Une violence certes répréhensible mais qui reste compréhensible, qui ne demande de toute façon qu’à être apaisée.

Mais que nous recommande, au juste, de faire ce gouvernement face à l’intimidation? D’être un « héros ordinaire ». Et que veut dire cet oxymore tout droit sorti du dictionnaire de la novlangue technocratique?

Notamment « de traiter les autres avec respect », « d’écouter lorsqu’ils te disent "non " », « de laisser les autres prendre leur propre décision », « d’intégrer et d'accueillir tout le monde », « de signaler les mauvais traitements infligés aux autres »… Et, j’ajouterais, de combattre l’indifférence. Celle tant convoitée par ce lâche exceptionnel qu’est le bully étatique.

Qu’attendons-nous donc tous pour être des « héros ordinaires » puisque l’État ne l’est pas?

(1) Les définitions sont tirées du site gouvernemental anti-intimidation moijagis.com et du site du ministère de la Sécurité publique.
 
Photo-montage: Mégane Voghell.