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Mon petit public cible

Publié le 2012-05-12 par Marie-Hélène Moreau dans la catégorie Télévision.
Étiquettes: My little pony Brony Lauren Faust Pouliche 
Mon petit public cible
Si vous passez comme moi beaucoup de temps sur internet, vous avez probablement aperçu à quelques reprises d’adorables petits personnages qui vous rappellent vaguement les pouliches de votre enfance. La série My Little Pony : Friendship is Magic est rapidement devenue un meme, et possède d’ailleurs sa propre page sur Memebase.

La série fait parti de la quatrième génération de la franchise My Little Pony, connu autrefois au Québec en tant que Ma Petite Pouliche, et est a priori une gigantesque publicité pour les jouets du même nom. Pour rafraichir son image, Hasbro fait appel à Lauren Faust, une animatrice qui a notamment travailler sur The Powerpuff Girls et qui se charge de réinventer complètement les personnages et le ton de la série.

Jusqu’ici, tout semble normal. Mais bien que la série cible les filles de 5 à 10 ans, les principaux fans sont des hommes et des femmes…dans la vingtaine. Un terme a d’ailleurs été inventé pour décrire les adultes, surtout les hommes, qui vouent un culte à la série : les Bronies.

Le phénomène est plutôt intéressant. Qu’est ce qui pousse un homme de 25 ans à écouter religieusement une série destinée aux petites filles? Pour le savoir, il faut remonter aux racines de la série.

 

En ce faisant offrir ce projet par Hasbro, Lauren Faust a constaté qu’une bonne partie des dessins animés pour filles, y compris ceux de sa propre enfance, étaient fades et ennuyeux. La précédente génération de My Little Pony en est un bon exemple. Les personnages ont presque tous la même personnalité et ne sont différenciés que par leur apparence et leur « talent spécial », c’est-à-dire la danse, les gâteaux, la mode ou la beauté, etc. En plus, ils ne font souvent qu’alterner entre deux émotions : heureux ou triste. Souvent, l’histoire tourne autour d’une fête ratée parce qu’il n’y avait pas assez de gâteau pour tout le monde, ou une chicane entre amies parce qu’on ne s’entend par où aller jouer pour l’après-midi. Un monde en deux dimensions, avec des personnages en une dimension sur un fond d’histoire sans aucune dimension. Un tsunami insipide de rose, de papillons et de brillant.

Le premier grand tour de force de Lauren Faust a été la création des six personnages principaux. À première vue, tous sont des personnages créés pour plaire aux fillettes. Pourtant, la plus timide est parfois la plus égoïste, la plus narcissique est aussi la plus généreuse, la plus courageuse est parfois la plus nerveuse et toutes ont une forte personnalité. Quant à l’histoire, on reste majoritairement dans les thèmes « leçons sur l’amitié », même si parfois les héroïnes doivent combattre des « forces du mal ». On parsème le tout de référence à d’autres œuvres cinématographique que seul les plus vieux comprennent, on ajoute de la musique entrainante et terriblement bien composée et voilà! L’émission est suivie par une horde de jeunes adultes tombés sous le charme et la simplicité de la série. Étrange, trouvez-vous? Pensez aux films de Disney qui, même s’ils sont créés pour des enfants, ont cette dimension supplémentaire qui permet aux adultes d’apprécier le tout à un autre niveau…

Sans vouloir prêter d’intentions aux créateurs, My Little Pony : Friendship is Magic peut aussi être observée sous un angle féministe. D’abord, le fait que la série elle même plait à des hommes prouve que le rose et les choses adorables, ne plaisent pas automatiquement qu’aux filles. Non seulement les Bronies regardent la série, ils achètent aussi plusieurs produits dérivés que vous trouverez dans les allées roses de votre magasin grande surface local. Mais en plus, on ne peut que se féliciter de voir que l’histoire met en scène six jeunes femmes, ou plutôt six jeunes pouliches, indépendantes, réalistes et animées tant par l’amitié et la joie que par leurs ambitions personnelles.

La nouvelle génération de My Little Pony, produite en partie au Canada, réunit trois éléments gagnants : une esthétique impeccable, des protagonistes adorables et un petit quelque chose d’universel dans la trame narrative qui plait vraisemblablement à tous. Sans compter que les créateurs incorporent régulièrement des clins d’œil aux fans dans les épisodes. Cette relation étroite entre le public adulte et l’équipe ajoute à l’ampleur du phénomène.

C’était la fin de la deuxième saison le 21 avril, mais ne vous inquiétez pas : une troisième saison est déjà en cours de production. En attendant, allez donc regarder les deux autres saisons sur internet. Peut-être allez-vous devenir un Brony…